It's okay to be GAY. ♥

# Posté le vendredi 27 juin 2008 11:12

Modifié le lundi 08 juin 2009 12:41

« L'achat » First_.

La foule du marché du dimanche soir encombrait les rues d'Athènes. Entourée de chaleur humaine, une silhouette fine tentait d'avancer sans vraiment y parvenir, malgré les deux esclaves costauds qui lui servaient d'escorte. Une bousculade. Un croche-pied. Des insultes. Pourtant Ryan Ross avait toujours eu de l'autorité, mais il était dur de se faire entendre dans un tel vacarme. Ses lointaines origines étrangères toujours étouffées, son nom laissait malgré tout paraître que le sang qui coulait dans ses veines n'était pas d'ici. Les hurlements des vendeurs essayant vainement de vanter leurs marchandises participaient à la cacophonie, mais le jeune grec ne se laissait pas influencer : il savait ce qu'il voulait et où il allait le trouver.
Après dix bonnes minutes de marche difficile, il se tenait enfin devant le stand tant recherché. Quatre esclaves se tenaient dessus et dévisageaient avec un regard séduisant tous ceux qui s'approchaient.

« Ah ! Mon bon vieux Ross, ça faisait longtemps que j't'avais pas vu ! »

Ryan n'avait pas envie de crever de chaud pendant que Gabriel lui parlait. Ne supportant pas l'attente, il coupa court la conversation.
« T'as quoi comme nouveauté ? Je cherche un esclave qui connaît les bases du ménage et plutôt joli, si tu en as un. »
Le grec jeta son regard caramélisé sur les produits. Il vit une jeune femme, blonde, un peu grasse et à la poitrine forte, elle parlait de son accent gaulois à un esclave à côté d'elle. Ce dernier était musclé et assez âgé, servant sûrement aux fonctions de garde. Mais Ryan n'avait pas besoin de ce genre de personne, d'ailleurs, un autre client s'occupait déjà de son achat. Tout à droite se tenait un jeune garçon aux cheveux décoiffés, mais la chose qui frappa le plus le trentenaire, ce fut ses yeux. Deux énormes pupilles couleur chocolat observant la scène tranquillement, avec un air détaché, et un petit sourire sur les lèvres pleines et parfaites du garçon ornaient son visage doux. Immobile et éclairé faiblement par les lumières de la ville, il était la plus parfaite des statues grecques en oubliant le fait qu'il respire et que quelques gouttes de sueur coulaient le long de son front, en cette soirée chaude. Un esclave exquis.

« Lui. Montre-le moi, Gabriel. »

Le marchand lui lança un regard inquiet avant d'aller chercher l'esclave, qui allait résumer à lui seul, une histoire extraordinaire.
« Il s'appelle Brendon et vient de Bretagne. J'ai réussi à l'avoir car il faisait partie du butin de la dernière bataille, il est orphelin et parle couramment le grec. »
Le jeune homme en question, intrigué, observait silencieusement Ryan et hochait la tête à chaque phrase. Le futur propriétaire, lui, dévorait son corps des yeux et avait un irréprochable sourire langoureux accroché à ses lèvres.
Gabe soupira.
« J'ai compris. Je te le prépare, il descendra. Ca te fera cinquante litras. »

Dorius, un des gardes de Ryan sortit de l'argent de sa poche et le posa sur la main tendue de Gabriel.
« Promets-moi juste quelque chose, chuchota-t-il en baissant sa tête vers le brun, ne lui fais jamais de mal. J'me suis attaché à lui et c'est un brave garçon. Ne le touche pas.
-Désolé Gabe mais il est à moi maintenant, et j'en ferais ce que je voudrais. »
lança-t-il avec un rire moqueur.
Entretemps, Brutus, un des esclaves personnels du vendeur avait amené Brendon dans une nouvelle toge. Gabe le prit par le bras et murmura deux phrases à son oreille :
« Fais gaffe à Ryan, il cherche un nouveau bouche-trou. Si il te demande des choses bizarres, ne les fais surtout pas, il s'éclaircit la gorge avant de parler d'une voix normale, bonne chance mon garçon. »

Il savait qu'il aurait du le garder. Il était sûr qu'il ne tomberait pas entre de bonnes mains. Brendon était un enfant du malheur après tout, malgré son éternel sourire tristement affiché sur son beau visage.
Ryan attrapa son nouvel esclave par l'épaule avant de s'éloigner d'un Gabriel déçu.

~

«Encore une nouvelle tête...»

Le soupir de Luka en disait long sur cet indéniable sentiment de lassitude à l'idée de devoir encore « transformer » un bourgeon d'esclave en un décent pédagogue... Encore fallait-il que ce dernier réussisse à tenir plusieurs mois dans cette villa. Néanmoins, le sourire vicieux habitant le visage de son maître lorsqu'il posait son regard sur sa nouvelle attraction ne pouvait tromper personne, du moins, personne le connaissant commeil se plaisait à le connaître.

Onze années de bons et loyaux services, sans doute endurés sans broncher grâce à l'amour inconditionnel qu'éprouvait cet esclave pour cet homme de glace. Mille fois il fut brisé.
Mais il pardonnait... Il l'aimait, c'est certain. Sa seule amertume se reportait sur chaque nouveau jouet inutile dans sa vie. Cependant, le fait qu'il les jette tous une fois les avoir jugés « en trop » ne pouvait que calmer à sa manière sa jalousie dévoratrice qui le hantait tout en l'effrayant, née du seul fait que son propriétaire n'avait, jusqu'à ce jour, jamais posé les yeux sur lui comme il le faisait avec ces jeunes choses, encore pleines de vie et si attirantes. Ryan ne s'était pas débarrassé de lui, et s'était même confié à lui en période difficile, il avait été privilégié sur ce point. Autrefois...

Désormais son maître n'était qu'un bloc de roc, inviolable mais violeur. Un c½ur de solitaire.
Les choses allaient changer, il le sentait. Ce jeune breton ne lui inspirait qu'un horrible pressentiment, si violent qu'il fut ne put s'empêcher de le haïr dès son arrivée.

Pathétique, il se jugeait pathétique. Lui qui avait toujours été l'esclave modèle, serviable avec tout le monde, se métamorphosait en une misérable vermine, qui rejetait les peines causées par son amour à sens unique sur un jeune garçon prometteur d'une quinzaine d'années seulement. Il doit se corriger, songea-t-il. Il se privera de sa maigre ration journalière, voilà tout. Ses pensées sont ingrates, il se punira. Qu'il en soit ainsi. Après tout, il ne méritait pas de vivre. Ce n'est qu'une âme néfaste, ternissant un peu plus la vie de Ryan, et Zeus seul sait à quel point il préférait mourir plutôt que contrarier son maître. Et puis de toutes manières, que vallait-il ? Rien.

# Posté le samedi 28 juin 2008 02:29

Modifié le mardi 02 juin 2009 12:48

« Douloureuse réalité » Second._

Le jour se levait doucement sur la ville d'Athènes. Le soleil se haussait paresseusement dans le ciel azuré teint de nuages roses et laissait quelques rayons se faufiler jusqu'au repaire de Ryan Ross, peut-être pour tenter d'adoucir son c½ur, qui sait ? Les faisceaux de lumière caressaient tendrement le visage sévère du maître, lui donnant un air doux et détendu sous les yeux admiratifs de Brendon, qui s'étant levé trop tôt, se faisait une visite de la villa. L'intérieur habituellement blanc avait pris une couleur orangée, ce qui émerveillait le jeune esclave, s'amusant à faire des ombres chinoises.
Pendant qu'un chien aboyait sur le mur, Ryan laissa échapper un baîllement. Le garçon sursauta, il avait oublié la présence de l'homme dans la pièce et se leva, abandonnant ses activités enfantines.

« Brendon ? »
Le propriétaire murmurait son nom, les paupières encore closes. Il laissa échapper un grognement, s'assit sur le lit en plumes et commença à s'étirer, ignorant le regard posé sur lui de son nouvel achat. Il se passa rapidement la main sur ses cheveux châtains clairs, les ébouriffant encore plus au passage avant de rendre son regard au jeune Breton. Ce dernier était fasciné par les gestes de son maître. Il prenait son temps et exerçait une à une les longues articulations de son corps bien maintenu. Ryan représentait à lui seul la finesse de l'aristocratie grecque.

« Bonjour, monsieur ! Vous allez bien ? lança Brendon d'un ton jovial. Désirez-vous que je vous apporte votre petit déjeuner ? »

Ross laissa un rire s'échapper de ses lèvres entrouvertes. Bien peu d'esclaves étaient aussi actifs dès le matin.

Ce dynamisme allait lui plaire, des changements dans cette vie morne ne pouvaient qu'être bénéfiques... n'est-ce pas ? Il s'en fichait pas mal. Si Brendon continuait d'être une boule d'énergie, cela ne pourrait que le sortir de la monotonie que lui apporte la société. Oui, il a 26 lunes depuis quelques jours, et loin d'être assagit par cet âge se voulant avancé, il n'avait jamais vu la vie avec autant de clarté depuis... depuis ? Finalement, c'est bien la première fois.
Le jeune breton ne pouvait cependant pas réaliser sur quel monstre il était tombé. Certes, le riche grec était fixé sur les choix que la vie pouvait lui offrir, mais cela ne signifiait pas pour autant qu'ils plairaient à tout le monde. Seulement « Brendon » -puisqu'il avait un nom- n'est pas tout le monde, ce n'est qu'un esclave. Autrement dit, rien d'autre qu'un objet, utile, n'ayant aucune volonté autre que celle de son propriétaire, et lui devant loyauté et soumission.
Le maître fit un fin sourire que l'esclave interpréta comme encourageant, mais qui en réalité, semblait plus libertin... Le propriétaire a une envie. L'esclave subira... ou mourra.

Le jeune garçon se retourna pour se diriger vers la cuisine, où il retrouverait Luka qui l'aiderait à préparer le repas de son maître, mais le propriétaire en avait apparemment décidé autrement. Alors qu'il était sur le point de sortir de la chambre, il sentit une pression sur son avant-bras.
« Pourquoi pars-tu aussi vite ? Je ne t'ai rien demandé. » chuchota Ryan avec un sourire en coin. Il descendit sa main jusqu'au poignet de Brendon, avant de prendre sa main et de le ramener sur ses pas. L'esclave était plutôt confus, il espérait ne pas avoir commis d'erreurs et il n'appréciait pas trop cette lueur étrange brillant dans les yeux de son maître. Gabriel lui avait dit de rester méfiant mais il ne pouvait pas faire grand-chose maintenant, Ross avait le droit de vie et de mort sur lui. Le garçon lui appartenait entièrement, corps et âme. C'est assez troublant de penser que l'on est plus maître de soi-même, que toutes les actions que l'on effectue n'ont qu'un but : faire plaisir à un homme que l'on connaît à peine. Pourtant Brendon se sentait rassuré aux côtés de Ryan, sûrement à cause de la forte aura autoritaire qui émanait de lui.

« Parle-moi un peu de toi. »
A présent, ils étaient tous deux assis sur le lit de l'adulte, leurs mains toujours enlacées. Le regard insistant que l'aristocrate portait sur son achat faisait un peu rougir ce dernier. Brendon ne se sentait pas concerné par la question : il n'était pas là pour raconter sa vie et il l'avait bien compris. Le maître s'amusait à faire danser ses doigts longs et fins sur la paume ouverte de son domestique, hypnotisé par ce spectacle. Brendon suivait leurs mouvements rapides et agiles, fasciné. Profitant du fait que l'attention du garçon fut attirée autre part, les lèvres du plus âgé frôlèrent le cou de l'adolescent avant de commencer à embrasser avidement cette parcelle de son corps. L'esclave ne put réprimer un sursaut violent, mais se laissa faire, embarrassé. La langue de son maître semblait jouer avec les pores de sa peau pâle et chaude sous l'effet aphrodisiaque de ce baiser volé.
Ryan se sépara de son cou avant d'haleter un « Ca te plaît ? » à l'oreille du garçon, lequel hocha timidement la tête en regret. Un sourire railleur se dessina sur le visage parfait de l'homme grec.

« Tant mieux, parce que t'y auras souvent droit. »

Un clin d'½il complice. Un de ceux qui allaient petit-à-petit détruire le c½ur de Brendon.

# Posté le samedi 28 juin 2008 11:43

Modifié le mardi 02 juin 2009 12:49

« He's a Victim of your touch » Third.

Il n'arrivait pas à s'imaginer que son quotidien se résumerait en caresses expertes et baisers chevronnés.
Il ne se sentait pas privilégié, du tout. L'esclave n'était pas stupide, ce n'était pas le premier, et sûrement pas le dernier à être passé par là. Un physique peut-être attirant lui aura coûté sa dignité. Il n'était que l'objet. Il ne peut arrêter ce qu'il a entrepris. Pas encore... Gabriel serait furieux s'il savait. Ce père qu'il n'a jamais eu... Et qu'il ne reverrait sans doute jamais. Cela complétait cet étrange sentiment, partagé entre la honte et le plaisir... car quoi qu'il dise, ce n'était pas si désagréable.

Le maître déjà savait : ce garçon serait source de beaucoup de plaisir. Il n'avait pas souvent eu affaire à des esclaves si jeunes, et un peu d'innovation lui semblait envisageable. Ce corps pas encore tout à fait métamorphosé, ses yeux profonds, ses cheveux brillant sous la lumière du jour, et ses lèvres généreuses le rendaient délectable, mais sa naïveté, son embarras et son manque d'expérience visible sur ses traits l'excitaient chaque seconde un peu plus. Un très bon investissement.
Il ne pouvait s'y résoudre, il restait raide, cherchant à se montrer insensible aux avances du maître. Vainement bien sûr. Son galbe fluet lui apparaissait à présent comme une couverture stupide ; il sentait à ses flatteries et à ses prunelles démoniaques que ses entrailles et son coeur n'étaient que chaos ou glace. Il s'amusait, profitait du statut ingrat de l'esclave et s'en défaisait.

Le breton aurait tellement voulu lui dire que, malgré son corps s'embrasant d'un plaisir encore inconnu à chaque toucher plus intimes, un conflit silencieux faisait rage en lui. Un refus compréhensible. Cet étranger de quelques heures prenait déjà possession de sa chair. Et aucune règle dictant qu'un esclave était un bien du maître ne l'empêcherait de se sentir sali. Sa nouvelle vie au service de Ryan Ross causera sa perte.

Ryan arrêta de réfléchir et décida plutôt de chercher les ouvertures éventuelles de la toge de son cher compagnon, afin d'y glisser la paume de sa main et tenter d'éveiller en lui de nouvelles sensations.
Brendon s'éveilla de ses pensées quand il sentit la main tiède de Ryan se déposer sur son bas ventre, avant de dessiner des cercles d'une pression légère, en descendant de plus en plus bas. Toujours plus bas. Pris d'une étrange émotion, comme une sorte de pulsion brûlante aux endroits que Ryan touchait, il se mordit la lèvre inférieure. Ce sentiment remontait dans son corps, comme s'il voulait s'échapper d'entre ses lèvres entrouvertes, mais l'esclave voulait la garder. Un peu de chaleur humaine ? Enfin...peut-être plus que ça.

Il ne pouvait plus s'en empêcher. Brendon laissa finalement fuir un léger gémissement lorsque un des longs doigts de son maître passa entre les boucles brunes de son pubis. Un sourire sournois décora aussitôt le visage de Ross, qui posa ses lèvres humidifiées sur la tempe du garçon, avant de mordiller le lobe de son oreille avec des grognements de plaisir.
L'esclave avait l'impression que Ryan était partout à la fois, il ne situait plus exactement la position de ses mains ni celle de sa bouche. Tout devenait flou. Il sentit des gouttes de sueur perler sur son front, il ne savait même pas si c'était la peur, la chaleur, ou l'excitation. Chaque touche du plus âgé immobilisait un peu plus Brendon, en le réchauffant en même temps. Il ferma les yeux, certain que quand il les ouvrirait à nouveau, il serait encore en train de faire de stupides ombres chinoises pendant que son propriétaire dormirait silencieusement.

« Mhmm. T'en profites bien, hein ? »
« Ahh...Euuh, oui, pardon ? Vous voudriez que je, hann...excusez-moi, je pourrais faire quelque chose pou- »

Ses paroles furent interrompues par un tendre baiser sur ses lèvres pleines et parfaites.
« T'es mignon. Etre aussi excité pour si peu...c'est joli à voir. »
Un petit rire cristallin résonna dans la pièce, avant que Ryan caresse de ses lèvres la joue de son nouveau jouet.
« Votre petit déjeuner est...euhh...votre petit déjeuner est prêt maître. J'ai utilisé vos ingrédients préférés. »
Un grand silence répondit à Luka.
Brendon avait une folle envie de se débarasser de son maître jeté sur lui, mais ça ne semblait pas être du goût de ce dernier.
« J'arrive dans quelques minutes, merci. »


L'esclave détruit n'écoutait déjà plus. Honteux, il essuya rageusement les larmes amoureuses versées face à cette sinistre réalité : le nouveau aura fini plus rapidement dans son lit que tous les autres mâles auparavant. Ce pressentiment de la veille prenait forme. Brendon allait lui arracher Ryan. Il avait la preuve que ce sourire angélique n'était qu'une façade. Chien ! Il le haissait désormais. Personne ne devait voir ses larmes. Il n'est rien. Quelques larmes dans cette villa où règnent rigueur et tenue seraient méprisées. Il restait néanmoins l'esclave de Ryan. Il n'avait pas le droit de souiller son image.

Il n'entendit pas la démarche mal-assurée du breton, désorienté, ni de son maître.
Au temple, voilà où il se dirigeait. Là où seul Apollon serait témoin de son chagrin. Il traversa toute la propriété en grandes enjambées. La bonté d'Apollon sera son sauveur.

A peine arrivé, il ôta les cothurnes usés, qu'il avait reçus de son maître il y a plusieurs années à présent. Celles qu'il portait depuis tellement longtemps, dont la simple vue lui tirait un sourire. Son cadeau. Celui qui montrait malgré tout à Luka que son maître reconnaissait son travail. C'est dans ces moments-là qu'il autorisait son esprit à flâner, cherchant une source vaine de réconfort face à tant d'amour.
Impuissant face à cette cruelle évidence, il s'agenouilla silencieusement, joignant ses mains sur sa poitrine pour, une énième fois, implorer le dieu du soleil.
Espérer.
Entre sa paire de cothurnes détériorée, son maître et l'espoir, la seule chose sempiternelle resterait cet espoir résolu.
Cette conviction stupide d'un passionné.

# Posté le mardi 01 juillet 2008 15:05

Modifié le lundi 07 juillet 2008 18:02

« L'apparition étrange de la vaseline paranormale. »

Brendon, tête baissée, jouait avec les pans de sa nouvelle toge, tandis que Ryan parlait avec le prêtre de Delphes, célèbre pour ses oracles. Il n'avait pas de demande particulière, mais voulait juste s'assurer qu'Apollon lui réservait un futur encore meilleur que son présent, comme il le faisait chaque année. Luka n'avait pas voulu l'accompagner, mais lui avait dit qu'il le soutiendrait en allant le prier au temple du dieu des arts, alors que Brendon....était venu de son plein gré. Cette action avait un peu surpris le maître de maison, mais le nouvel esclave lui avait assuré qu'il avait envie de sortir en dehors d'Athènes, avec cet adorable sourire qu'il arborait à longueur de journée, et qui en faisait craquer plus d'un.
Sous la table d'ébène, Ryan glissa sa main jusqu'à attraper la paume entrouverte d'un Brendon rieur. Humeur joyeuse qui d'ailleurs, se stoppa net. Le garçon jeta un regard d'incompréhension à son maître, qui se contenta de serrer sa main plus fort autour de la sienne, avec un petit sourire complice.

La gêne de Brendon était palpable dans cette ambiance étrange. Les lieux étaient sombres, mystérieux mais envoûtant. L'encens embaumait la pièce, renforçant ce sentiment d'intimité volontaire. L'esclave ne savait pas s'il devait aimer cet endroit curieux ou le redouter. C'est stupide, il se l'avouait ; c'était la maison du dieu, à travers la Grèce jusqu'au mont Olympe. Cette demeure était sacrée. Il devait avoir une attitude et des pensées pures. Pures ? Comment en avoir lorsque votre maître commence à vous dévorer des yeux tout en cherchant un discret contact physique ?

« Il vous suffira, comme d'habitude, de sacrifier un de vos animaux ou esclaves pour que la Sybille... »

Ryan hochait la tête de temps en temps, l'air absent. Il connaissait assez bien les procédures pour permettre à son esprit de divaguer un peu. Le propriétaire tentait de poser son regard sur l'homme avec lequel il était censé discuter mais ses pulsions lui faisaient inévitablement tourner la tête vers les yeux chocolatés, les cheveux légèrement ébouriffés, les joues rougies, et les lèvres douces qu'il avait goûtées depuis un moment à présent, de sa poupée préférée.

« Nos prêtres les meilleurs vont interpréter les paroles de la jeune vierge... »

Brendon sursauta violemment, faisant trembler la table. Le prêtre arrêta son discours et l'observa curieusement. « Vous devriez mieux éduquer vos esclaves, si je puis me permettre ». Ryan ne releva pas et lui fit signe de continuer. Il toussota et reprit son long baratin. Pourquoi le garçon avait eu une violente réaction? Oh, disons juste que les doigts longs et fins de Ryan étaient partis en exploration, se frayant un chemin sous la ceinture de bronze que l'adolescent portait, et s'amusant à stimuler doucereusement son jouet adoré. L'esclave avait les pommettes teintées de rouge pâle et les mains fermement agrippées à sa chaise. Les yeux du maître ne trahissaient aucune émotion et il conjuguait à merveille l'écoute attentive des conseils de l'oracle et son passe-temps manuel sur le jeune esclave, jetant fréquemment des coups d'½il vicieux en sa direction, qu'extérieurement on pouvait aisément qualifier comme de l'inquiétude vis-à-vis de la tenue de son nouvel investissement. Uniquement extérieurement...

Les lèvres de Brendon se pincèrent, retenant un quelconque gémissement mal-placé, nouant ses doigts honteusement, pendant que le riche grec exploitait son innocence. La man½uvre tactile de Ryan s'éternisa encore de longues minutes. Ils purent enfin se lever, mettant à découvert n'importe quelle tentative d'attouchement de la part du possesseur qui, par conséquent, stoppa toute activité clandestine, un sourire idiot scotché sur les lèvres. Le soleil menaçait de se coucher lorsque le maître et son bien remercièrent les dieux et leur prêtre, quittant enfin le lieu du culte.

Le jeune breton observait curieusement l'étrange objet que son maître avait négocié lors de leur retour. C'était une sorte d'étui inhabituel, souple et assez fragile. Il reposait dans une substance grasse que Brendon n'eut pas de mal à identifier : de la vaseline. Quel était donc cet article surprenant qu'avait acheté Ryan ? Pour toutes réponses à ses interrogations muettes, le maître rigola doucement.
« Eh bien Brendon, c'est comme une sorte de... capuchon, qui m'est, hm, souvent utile... Tu comprendras sans doute un jour. »

Il n'avait que quinze ans.
Il ne saisissait pas.
Il n'avait pas cette expérience, alors que son nouveau maître entendait bien lui apporter...
Cette jeunesse, cette fraîcheur, cette innocence qui le distinguait des autres, d'autres qui furent si nombreux... « Va rejoindre Luka, Brendon ». Un sourire timide apparu sur le visage de l'adolescent. Enfin, il pouvait se rendre utile et échapper à la présence troublante de son acquéreur. Et par la même occasion, se protéger de n'importe quel frôlement intime. « Attends ! » A peine s'engageait-il dans la pièce avoisinante que Ryan l'interrompit.
Un signe entendu, toujours autoritaire, un sourire sincèrement libertin et des yeux désireux ; le jeune esclave ne chercha pas la moindre demande d'explication, qui lui aurait valu un bredouillement supplémentaire face à Ryan Ross, et se contenta de s'exécuter. Quelques pas réticents, et il avança dans une brève respiration vers son possesseur.

Il plissa légèrement les yeux instinctivement, et attendit.

Les yeux grands ouverts du riche grec montaient, descendaient, remontaient pour redescendre inlassablement... La machination durait, tandis que la pression des dents de Brendon contre l'intérieur de sa propre joue s'intensifiait, dubitativement. Rien. Il ne se passait rien. Il se permit un profond soupir de soulagement, mêlé à une pointe curieuse de frustration et s'apprêtait enfin à formuler un avis de retrait, ne s'essayant même pas à demander quoi que ce soit à son maître sur son comportement insondable.

« Maîtr... » « Tu es si beau, Brendon... »

L'aveu prononcé fut porteur de mutisme.
Pommettes cramoisies, son c½ur manqua un battement lorsque ses grands yeux châtains se connectèrent aux siens. Il n'était qu'un esclave, et pourtant... Les mains agiles du maître se placèrent sur les joues de sa distraction, et le contact de la peau douce mais glacée de ses paumes fit tressaillir le jeune. Mais il ne s'éloigna pas. Plus par obligation sociale que par plaisir. Parcourant habilement son faciès, ses doigts arrangèrent les cheveux en bataille de Brendon, avant de s'enlever délicatement du visage perplexe de l'esclave immobile. L'action n'avait duré qu'une poignée de secondes. Les sentiments diffus animant le propriétaire lui étaient étrangers. Il n'était pas amoureux. Il avait juste obtenue la proie qu'il convoitait. Comme toujours. Mais l'allégresse était nouvelle. Et il ne pouvait que s'en féliciter, ayant comme récompense la découverte perpétuelle de l'anatomie de ce domestique attrayant. « Disparais. »

La solitude tint à nouveau compagnie à Ryan Ross. Celle qu'il créait volontiers malgré sa notoriété sociale, ne suffisant qu'à attiser le mystère Ross et faire parler les commères.
Déjà une, deux semaines qu'il se faisait réveiller par un sourire rayonnant, et ce bourgeon de relation pédérastique faisait naître en lui l'envie irrésistible de nouvelles expériences, plus charnelles que spirituelles. Seulement l'esclave n'était pas encore prêt.
Tant pis, il attendrait...
Mais plus pour très longtemps.

# Posté le dimanche 03 août 2008 17:40

Modifié le dimanche 14 juin 2009 08:06